03.10.2009

Alain...

Commençons par éclaircir un point : Alain, pas le philosophe, plutôt Bashung. Je n'ai malheureusement pas cette vocation de parler philosophie, mon cerveau atrophié et sectaire étant plus réceptif à la musique, je ne m'étendrai point sur ce sujet. Alors....la dernière fois que j'ai parlé de ce bon Alain, c'était, par pure provocation, pour dire qu'il était un con. Exercice de mauvaise foi s'il en est. Car s'il y a bien un seul chanteur dont la mort m'a fait chier à ce point, c'est bien Bashung. Il m'a fallu une semaine pour m'en remettre, pour passer à autre chose musicalement parlant. Pensez donc, j'ai 36 ans et ce gars là a fait parti de ma vie près de 30 ans. D'abord par ses singles ( gaby, vertiges de l'amour, sos amore), jusqu'en 1989, jusqu'à novice. Dont je ne me suis toujours pas remis. Découvert avec le single bombez ! et son clip hallucinant (Bashung jouant à L.A une session avec des musiciens hardos à cheveux longs péroxydés genre Europe), j'étais jeune, puceau et n'y connaissais rien ou peu à la musique (quelques notions cependant style spirit of eden album de l'année 88 ou disintegration ou encore fisherman's blues mais rien de très conséquent, tout cela se tirant la bourre à côté des Silencers ou encore Noiseworks.).3101V3CJP2L._SS500_.jpg Bref, je découvrais. D'abord le vinyle : noir, où le visage charbonneux de Bashung apparaît de 3/4. Impression de tenir entre les mains l'antithèse de passer le rio grande (visuellement parlant). Une oeuvre au noir, qui annonce un contenu sombre, tendu. Graphiquement impressionnant. Et ensuite une claque musicale dont je ne me suis jamais remis 20 ans après. Une ambiance moite, sombre, mauvaise, disque de séparation, de renoncements. Bashung sortait d'une période très très noire de sa vie (dépendance à l'alcool, aux drogues diverses et variées, sa relation avec Bergman est loin d'être au beau fixe -tu m'as jeté est le dernier texte que lui a écrit Bergman, désabusé- et sa vie personnelle est en piteux état) et cela s'entendait. De Bashung, à cette époque,  je ne connaissais que les 45 tours, que j'adorais, le grand déconneur, jeux de mots laids, etc... mais en découvrant novice, j'ai découvert une toute autre facette de lui, un chanteur populaire certes mais qui prenait des risques insensés, envoyait valser tout ce qui avait trait à la déconnade ou alors en faisant des jeux de mots abscons, ésotériques, rendant son album difficilement préhensible pour le tout venant. Le truffant de références (bibliques, littéraires, musicales), d'une sexualité torride, moite (la plupart des textes parlent de cul, tu m'as jeté, elle fait l'avion ou encore pyromanes auxquelles on pourrait ajouter légère éclaircie et son rythme masturbatoire plus qu'équivoque sur des "secouez moi avec méthode" d'anthologie), invitant des guest stars de luxe : Blixa Bargeld (des Bad Seeds ou Einstürzende Neubauten), Colin Newman (Wire) ou encore Dave Ball (Soft Cell), je dois avouer qu'après la première écoute j'étais déjà happé. Je n'y comprenais certes rien (Bashung a toujours eu cette particularité de chanter des textes incompréhensibles quand on y regarde de près mais qui, quand on les appréhende de loin, deviennent parfaitement compréhensibles sans être ridicule. Très fort je trouve.), mais musicalement il me parlait comme personne. L'impression, comme avec le spirit of eden, de tenir là quelque chose d'intemporel, de profondément personnel. En 1989, contrairement à aujourd'hui où il est quasiment reconnu d'utilité publique, aimer Bashung c'était aimer le paria. Je me souviens de la réaction d'une fille de mon lycée à qui j'avais demandé : "et Bashung t'en penses quoi ?". Réponse sans appel :  ah non il a une sale gueule, fait de la musique de merde et a surtout l'air d'un drogué. Connasse, j'ai du penser. En même temps cela illustrait assez clairement le cas Bashung : trop populaire pour les "élites" trop bizarre pour les autres. A part quoi. Toujours est-il qu'avec novice, ma relation à Bashung a pris une toute autre tournure. Bien plus viscérale. Novice est devenu, au fil des milliers d'écoutes que je lui ai consacré, un sommet insurpassable, un brouillon de l'imprudence. Mais un brouillon qui le surpasse de loin car plus humain. On y voit les fêlures, énormes, la voix est encore plus éraillée qu'à l'habitude, la new/cold wave prend une claque monumentale, devient moite, incandescente, tout en étant d'une rigidité incroyable. Cet album signe la fin d'une époque (dans tous les sens du terme d'ailleurs : les années 80 à qui il offre un enterrement de première classe, huit ans après l'avoir déflorée avec un excellent play blessure, sa collaboration avec Bergman...), une page se tourne, la presse le snobe (seul Rock & Folk a été lucide quant à  la portée de ce disque : en gros l'article se terminait par un Bashung vient de pondre un album qu'on réécoutera dans vingt ans.), le public le suit mollement. Et moi j'ai foncé à partir de ce moment dans la carrière exemplaire de Bashung, trouvant en quelque sorte un alter ego musical, quelqu'un sur qui je pouvais compter , qui tirerait la musique française vers le haut, planerait au-dessus de toute cette médiocrité, redonnerait ses lettres de noblesse à la variété. Novice reste pour moi un cas à part dans ma vie, un album qui me hantera tout le temps. Déjà ving ans que je l'écoute, et j'ai toujours le même frisson quand commence by proxy, seule chanson aérienne, pure de cet album de taré. Putain de crabe de merde.

02.06.2009

silence....

Sur une demande pressante, et non parce que l'album est magnifique bien entendu, d'Esther, je me décide à chroniquer le Mark Hollis. Il est vrai que je me suis posé la question quant à cette chronique. Pourquoi chroniquerais-je Hollis et pas Heligoland ou O'Rang ? Les deux autres sont des albums de Friese-Greene pour Heligoland et Harris et Webb pour O'Rang. La réponse est simple: je connais mieux le Hollis qu'O'Rang (dont les deux albums sont à découvrir) et pas du tout Heligoland. Or donc, Hollis a un contrat avec polydor le liant pour deux albums. Le premier, le laughing stock de Talk Talk sorti en 91, il lui en reste un à sortir (logique me direz-vous). Il demande donc à Phill Brown de le produire avec les mêmes libertés que pour le dernier Talk Talk. Sorti en 1998, il aura fallu 7 ans à Mark Hollis pour panser les blessures qu'auront laissé Talk Talk. Un silence de 7 ans et 20 secondes pour débuter cette ode au silence. Pour bien se démarquer de Talk Talk ou peut-être pas, l'album commence donc par un silence de 20 secondes (comme myrrhman) et un rappel au 3ème album:  the colour of spring. Débuter ce disque par ce titre ne peut être qu'une provocation ou alors une façon de dire : Talk Talk c'était moi et personne d'autre. Maintenant que je viens de l'enterrer avec ce morceau, je prends le commandement de l'album et ce sera un album de Mark Hollis que vous écouterez point final. En effet, l'objet en question ne peut être qu'un album de Hollis. Entièrement acoustique, enregistré avec deux micros stéréo, que dire de plus ? Que l'album a beau avoir un format pop : 8 chansons pour 46 mns, il a plus à voir dans l'esprit avec le jazz ou le classique voir le folk que tout ce à quoi a pu être affilié Hollis jusque là. Il creuse dans cet album ses obsessions pour le classique, le jazz, voir l'expérimental ou le free-jazz. Il suffit d'écouter a life (1895-1915) pour s'en rendre compte : le quartet de bois renvoie au classique, la basse quant à elle renvoie au jazz et les percussions, les choeurs à l'expérimental. Ce qui est extraordinaire c'est que tout cohabite sans que l'un ou l'autre des styles ne prenne le dessus, tout ici coule de source, paraît naturel. 41O6SiYLWOL._SS500_.jpgA croire que le silence arrive à lier tous les styles évoqués ci-dessus en une seule entité. Le génie de Hollis est justement de faire du silence le principal instrument de cet album. Plus que tout au monde, il est présent et Hollis lui rend le plus grand hommage qu'un musicien puisse lui faire. Bon, entrer dans cet album n'est pas chose aisée, il faut accepter de se laisser bousculer par ses silences, ses directions parfois contradictoires, cette sorte de statisme, ce parti-pris très personnel de voir la musique. Il faut accepter cette acoustique qui donne l'impression que l'album a été enregistré dans la pièce où on est, comprendre que la musique n'est pas futile mais nécessaire, qu'elle invite ici à la confidence, au recueillement. Mais attention ce disque est tout sauf austère ou aride. Il demande énormément à l'auditeur, de la patience de la véritable écoute mais une fois que l'on réussit à y entrer, il est d'une générosité extraordinaire. Il est certes moins immédiat que ceux de Talk Talk mais  tout aussi foisonnant, riche, et a une personnalité qui lui est propre. Beau, complexe, abordable, sans concessions il s'agit là encore d'un indispensable de la part d'Hollis. Album qui clôt un parcours exemplaire de la part de son auteur et qui va jusqu'au bout de sa logique : The colour of spring commence par 20 secondes de silence, A new jerusalem setermine sur 1' 40" de silence. Depuis......shhhhhh.

Au fait , juste une anecdote : sans Hollis et Talk Talk, Bashung n'aurait jamais fait l'imprudence. Lauging stock et spirit of eden étaient des influences revendiquées par Bashung lors de l'enregistrement dudit album. Rien que pour cela, je vouerai une reconnaissance éternelle à Talk Talk.

 

 

 

25.04.2009

Bashung est un con...

...doublé d'un sourd.

Ben oui, je sais, c'est de la pure provocation mais c'est pas loin d'être ce que je pense. Franchement, quand on choisit Gaëtan Roussel, compositeur de Louise Attaque (je n'ai rien contre lui bien au contraire), en lieu et place de Dominique A, je le répète et je l'assène : faut être un brin con ou alors complétement bouché à l'émeri. Imaginez bleu pétrole avec Dominique A aux commandes, ça aurait eu de la gueule non ?. Je sais, maintenant ça tient du fantasme. Mais quand on écoute le morceau qu'avait composé le grand Dom' pour tonton Bashung, ça laisse songeur. Immortels est un morceau magnifique avec des paroles superbes rappelant par moments le grand Jacques sur jojo ( et toi qui n'est plus là, c'est comme si tu étais plus immortel que moi, mais je te suis de près). Un morceau émouvant, simple, nu. Du très grand Dominique A en somme. Peut-être trop marqué pour être du Bashung. Mais bon, quand on écoute comme un légo sur son dernier album on sent plus l'empreinte de Manset que celle de Bashung mais il n'empêche que Manset s'est surpassé pour lui offrir un des plus beaux morceaux qu'il ait interprété. En même temps on ne saura jamais ce qu'aurait pu donner la rencontre entre ces deux là, cette passe d'arme, ce passage de relais. Car franchement, passer le relais à Louise Attaque, c'est tout de même moins classe que le passer à Dominique A, peut-être le seul véritable aventurier français post-Bashung et le plus proche de lui dans l'esprit. Reste plus qu'à espérer que Dominique A sorte un jour son gaby ou vertiges de l'amour à lui pour enfin accéder à une reconnaissance publique qui serait amplement méritée. Il a bien failli y arriver avec le twenty-two bar mais comme Monsieur A ne fait rien comme tout le monde, il s'est mis en tête de sortir, après un certain succès commercial, son (meilleur) album le plus noir et le plus impressionnant, remué. Crétin, va.

Enfin , revenons au sujet qui me préoccupe, Bashung est-il si con que ça ? Quand on voit pour qui a écrit Dominique A après ça, on se dit oui trois fois oui !!!!! De dépit,  il a offert sa plume à Calogéro. Si c'est pas de la dépression ça , je sais pas comment on pourrait l'expliquer autrement. Trois morceaux tout de même. Aïe. Reviens à toi Dominique, prends du prozac, passe pas à l'étape suivante : Goldman voir Halliday. Allez Dominique, on t'aime, ne lâche pas prise.

 

 

15.03.2009

RIP