08.08.2009

reprises

Les rééditions, la plupart du temps, ça me gonfle. Remasterisation qui sert à rien, inédits qui auraient mieux fait de le rester. Bref, c'est souvent inutile voir parfois pitoyable ( confère la réédition du forever changes de Love gonflée aux hormones, ça tenait plus du massacre que d'autre chose). Puis, parfois, un miracle se fait entendre. Sur les conseils de l'ami Esther donc,  je me suis procuré la remasterisation du harvest du grand Neil Young. Et là croyez le ou non, miracle!. C'est donc un album mythique, le plus gros succès de Young, qui a été passé au karcher, rasé de frais afin de devenir présentable. Il est vrai que la production de 72 lui donnait un je-ne-sais-quoi de moisi. Ca sentait franchement le renfermé chez Neil Young, la vieille barbe pas entretenue, le patchouli rance. Chansons excellentes donc ( mention spéciale à words) mais étouffées par une prod' limite claustro. Or donc là plus rien de tout cela. Enfin presque. Les chansons sont toujours présentes (je sais, je vous prends quelque peu pour des cons. Mais ça me fait plaisir.) mais la production a été repensée complétement. La voix de Young est plus proche, plus cristalline que jamais, les guitares ont un autre éclat, la batterie n'est plus étouffée. De lourd, pesant, c'est devenu aérien, léger comme une bulle de savon. Tous les morceaux en ressortent grandis, une subtilité nouvelle apparaît, ils se retrouvent transformés, ont une nouvelle jeunesse. Words d'ailleurs en bénéficie plus que tous les autres, faisant ressortir le côté tragique, poignant, le transformant en diamant brut. Bref c'est un peu docteur Jekyll & mister Hyde tout ça. On a franchement l'impression d'écouter un autre disque, de redécouvrir ce chef-d'oeuvre sous un autre angle. Rien que pour cela on pardonnera le faux pas énorme qu'est fork the road, nouvel album tout pourri sorti cette année.

Bon sinon autre réédition à laquelle je ne donnais pas cher, c'était celle, sortie il y a deux ans, du très bon steve mc queen de Prefab Sprout. Là c'est un peu différent. Pas vraiment de dépoussiérage ici, une dynamique un peu plus élaborée dira-t-on mais ce qui est absolument poignant dans cette réédition, c'est le second disque. Reprise de Paddy Mac Aloon de ses propres morceaux, enregistrés en acoustique. Et je dois dire que le résultat est saisissant de beauté. Bonny par exemple y gagne en grâce, en émotion et révéle le talent intouchable de Mac Aloon à confectionner des pop songs d'anthologie. Guitare, voix, harmonica, on joue dans la même cour que Neil Young mais le résultat est à mille lieues de Young. Mac Aloon est le digne héritier de Mac Cartney avec qui il partage une aisance mélodique incroyable, la faculté, en trois accords, de torcher des pop songs inoubliables. Desire as morceau un peu longuet sur album brille de mille feux et finit par  retrouver une seconde jeunesse. Le seul problème de Mac Aloon, c'est qu'il s'est tout de même pas mal paumé après cet album. En nous faisant un from langley park to memphis boursouflé, grandiloquent d'où s'échappaient quelques excellents morceaux (hey manhattan, cars & girls) puis un jordan the come back d'un ennui abyssal, pop trop sophistiquée pour mes frêles oreilles. Il n'empêche que Steve Mac Queen, plus de vingt ans après tient toujours aussi bien la route et que ses versions acoustiques sont ce que j'ai entendu de plus beau ces dernières années. C'est fragile, miraculeux, émouvant. Bref cette réinterprétation se révèle être bien supérieure à l'originale et fait de cette réédition un indispensable qu'il faut à tout prix se procurer. Vous voilà prévenu.

03.04.2009

bide et musique : première.

 

Sans rire, les années 80, pour la pop française, c'était quand même un désastre non ? Allez, pour faire court on citera novice de Bashung (chef-d'œuvrer, disque cramé d'un esprit malade et inversement.) , pop satori d'Etienne Daho et love bikes de Kid Pharaon & The Lonely Ones. A part ça le désert, rien à l'horizon, nada. Tous les regards se tournaient vers les États-Unis avec Hüsker Dü, les Pixies, Sonic Youth, vers l'Angleterre et madchester (Happy Mondays, New Order, etc...) et en France, ben rien. Jusqu'au jour où débarquèrent Les Objets et surtout Gamine.

37712384.jpg

Les Objets c'était Olivier Libeaux et Jérôme Rousseau, c'était la rencontre entre la chanson française et les Smith ou plutôt le Monochrome Set, groupe culte du début des années 80. C'était le croisement réussie et contre-nature à l'époque de la pop anglaise et de la variété française. Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Et bien : un drôle d'album, « la normalité », le cul entre deux chaises, et un tube : la saison des mouches. Quand on le réécoute après tant d'années on est frappé par sa fraîcheur, sa spontanéité, sa légèreté. Les compos tiennent la route sans problème, vous restent ancrées dans le crâne. Enfin un disque qui tenait la dragée haute à ces putains d'anglais tout en leur rendant un hommage appuyé. Mais bon soyons francs, si la musique tient parfaitement la route, les paroles, elles, sont franchement cul culs et gâchent le plaisir que l'on peut avoir à l'écoute. Cependant il s'agissait là d'un véritable bol d'air frais dans une décennie qui en a bien manqué.

Passons maintenant à un immense gâchis: la carrière de Gamine et surtout de l'album voilà les anges. Voilà un groupe qui a sorti peut-être un des meilleurs albums de pop française des 20 dernières années et qui n'a pas eu la reconnaissance qu'il méritait. Parce qu'à l'écoute dudit album on est frappé par l'actualité de celui-ci. Bon cette batterie un peu trop mise en avant laisse deviner l'époque à laquelle il a été enregistré mais sans déconner, il serait sorti il y a un an, on y aurait vu que du feu tant la classe suinte par tous ses pores. Déjà, en 1988, un groupe qui reprend Kevin Ayers en français dans le texte et ce de manière absolument limpide ne peut que forcer le respect. Et on ne pond pas inopinément des classiques comme le voyage ou bien les sentiments sans avoir une once de talent. Je me souviens de la première fois où j'ai pu les entendre, c'était en 1986 avec le morceau le voyage, sorti en single. Je me souviens de la sensation que j'ai pu éprouver à l'écoute de ce morceau , de cette incompréhension, de cette tristesse mais aussi de cette joie. J'avais l'impression qu'il s'adressait à moi. Je ne savais pas ce que c'était mais il m'a fait à peu près le même effet que le goodbye lucille n#1 de Prefab Sprout : un traumatisme, il y avait pour moi un avant et un après. Quand j'ai pu écouter l'album, au moment de sa sortie deux ans plus tard, j'ai tout de suite su que lui et moi on ferait un bon bout de chemin ensemble, il est des disques qui, comme ça, parle directement à votre inconscient. Voilà les anges en fait parti. Je ne saurais expliquer pourquoi d'ailleurs, parce qu'à y regarder de plus près, la voix du chanteur est limite supportable, la batterie comme je l'ai écrit plus haut est trop mise en avant mais les guitares fanfaronnent avec classe,tiennent la dragée haute à des groupes comme U2 voir les Smiths, la production reste pertinente même au bout de 20 ans et puis... le voyage, nos sentiments, dress up et koelkast forment une face quasi parfaite. Sombre, tendu,triste,mais aussi guilleret, entraînant, voilà enfin un album qui enfonçait toute la production de cette époque, enfin du sang neuf, enfin une alternative au rock indé comme la Mano, los Carayos, les Négresses Vertes. Malheureusement, le public français n'était pas prêt, leur préféra les groupes sus-cités et réserva à cet album un destin peu enviable. Il n'y a qu'à taper sur google: gamine voilà les anges pour se retrouver sur la page de bides et musiques.Effarant.

116420030_L.jpg