02.06.2009
silence....
Sur une demande pressante, et non parce que l'album est magnifique bien entendu, d'Esther, je me décide à chroniquer le Mark Hollis. Il est vrai que je me suis posé la question quant à cette chronique. Pourquoi chroniquerais-je Hollis et pas Heligoland ou O'Rang ? Les deux autres sont des albums de Friese-Greene pour Heligoland et Harris et Webb pour O'Rang. La réponse est simple: je connais mieux le Hollis qu'O'Rang (dont les deux albums sont à découvrir) et pas du tout Heligoland. Or donc, Hollis a un contrat avec polydor le liant pour deux albums. Le premier, le laughing stock de Talk Talk sorti en 91, il lui en reste un à sortir (logique me direz-vous). Il demande donc à Phill Brown de le produire avec les mêmes libertés que pour le dernier Talk Talk. Sorti en 1998, il aura fallu 7 ans à Mark Hollis pour panser les blessures qu'auront laissé Talk Talk. Un silence de 7 ans et 20 secondes pour débuter cette ode au silence. Pour bien se démarquer de Talk Talk ou peut-être pas, l'album commence donc par un silence de 20 secondes (comme myrrhman) et un rappel au 3ème album: the colour of spring. Débuter ce disque par ce titre ne peut être qu'une provocation ou alors une façon de dire : Talk Talk c'était moi et personne d'autre. Maintenant que je viens de l'enterrer avec ce morceau, je prends le commandement de l'album et ce sera un album de Mark Hollis que vous écouterez point final. En effet, l'objet en question ne peut être qu'un album de Hollis. Entièrement acoustique, enregistré avec deux micros stéréo, que dire de plus ? Que l'album a beau avoir un format pop : 8 chansons pour 46 mns, il a plus à voir dans l'esprit avec le jazz ou le classique voir le folk que tout ce à quoi a pu être affilié Hollis jusque là. Il creuse dans cet album ses obsessions pour le classique, le jazz, voir l'expérimental ou le free-jazz. Il suffit d'écouter a life (1895-1915) pour s'en rendre compte : le quartet de bois renvoie au classique, la basse quant à elle renvoie au jazz et les percussions, les choeurs à l'expérimental. Ce qui est extraordinaire c'est que tout cohabite sans que l'un ou l'autre des styles ne prenne le dessus, tout ici coule de source, paraît naturel.
A croire que le silence arrive à lier tous les styles évoqués ci-dessus en une seule entité. Le génie de Hollis est justement de faire du silence le principal instrument de cet album. Plus que tout au monde, il est présent et Hollis lui rend le plus grand hommage qu'un musicien puisse lui faire. Bon, entrer dans cet album n'est pas chose aisée, il faut accepter de se laisser bousculer par ses silences, ses directions parfois contradictoires, cette sorte de statisme, ce parti-pris très personnel de voir la musique. Il faut accepter cette acoustique qui donne l'impression que l'album a été enregistré dans la pièce où on est, comprendre que la musique n'est pas futile mais nécessaire, qu'elle invite ici à la confidence, au recueillement. Mais attention ce disque est tout sauf austère ou aride. Il demande énormément à l'auditeur, de la patience de la véritable écoute mais une fois que l'on réussit à y entrer, il est d'une générosité extraordinaire. Il est certes moins immédiat que ceux de Talk Talk mais tout aussi foisonnant, riche, et a une personnalité qui lui est propre. Beau, complexe, abordable, sans concessions il s'agit là encore d'un indispensable de la part d'Hollis. Album qui clôt un parcours exemplaire de la part de son auteur et qui va jusqu'au bout de sa logique : The colour of spring commence par 20 secondes de silence, A new jerusalem setermine sur 1' 40" de silence. Depuis......shhhhhh.
Au fait , juste une anecdote : sans Hollis et Talk Talk, Bashung n'aurait jamais fait l'imprudence. Lauging stock et spirit of eden étaient des influences revendiquées par Bashung lors de l'enregistrement dudit album. Rien que pour cela, je vouerai une reconnaissance éternelle à Talk Talk.
19:00 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : mark hollis, bashung, talk talk
31.05.2009
this is the end
Comme vous avez pu le remarquer, j'utilise pour pseudo myrrhman. Mais, vous demanderez vous à juste titre, d'où vient ce nom sublime ? Ce nom, marque de mon bon goût absolu, vient du premier morceau de laughing stock de Talk Talk. Album que je porte très haut dans mon estime, aussi haut que le spirit of eden bien sur. Or donc nous y voilà : il va falloir que je termine ma chronique sur Talk talk avec cet album merveilleux qu'est laughing stock. Comment vais-je pouvoir m'y prendre pour rendre justice à cette pierre angulaire qu'est devenu cet album ?
Je crois que je vais faire comme pour ma précédente note et parler de l'histoire plutôt tragique qui entoure cet album devenu légendaire. Allez, en gros, on prend les mêmes, à savoir Hollis, Phil Brown (producteur), Friese-Greene et Apsden (manager), les mêmes lieux (Wessex, à Londres), 7 mois d'obscurité, on fait mijoter tout ce beau monde ensemble et on obtient des dépressions, des mariages détruits et des abandons et à l'occasion un album unique. La communion entre Friese-Greene et Hollis est à son paroxysme, seuls eux savent exactement le son qu'ils veulent produire, les notes qu'ils jouent, les musiciens extérieurs commencent à les énerver, ne sachant pas exactement ce qu'ils devaient faire. TalkTalk pendant ces sessions ne se résumait plus qu' à Hollis et Friese-Greene jouant quasiment tous les instruments. Voici ce qu'en dit Friese-Greene : "Si vous voulez résumez TT, les premières minutes de Laughing stock expose ce vers quoi nous tendions. Mark et moi commencions à nous impatienter avec les [musiciens] extérieurs, c'était démoralisant. Alors soit on l'écrivait, soit on le jouait nous-même parce qu'on ne pouvait pas se tromper. On a joué sur des tas d'instruments qui ne nous étaient pas familiers, jouant dans la mauvaise clé, commençant au mauvais moment mais à tous les coups, c'était les meilleures prises. Cet album s'est construit sur des choses impossibles à reproduire." L'album laissera des traces indélébiles sur tous les participants : Paul Webb n'a plus joué de basse avant plusieurs années, Phil Brown et Lee Harris ont du suivre une psychothérapie de plus d'un an. Le pire dans cette histoire a été la relation entre Friese-Greene et Hollis: la fusion tout au long de l'enregistrement puisà la fin de celui-ci chacun est parti de son côté en se serrant la main et plus rien, fin de Talk Talk. Les deux ne se sont quasiment plus revus depuis cette poignée de mains. Conscients l'un comme l'autre d'être parvenus au bout d'un processus créatif de longue haleine, hors du commun, de n'avoir plus rien à faire ensemble par la suite. La fin du groupe au plus haut de sa création.
Voici ce que j'en disais sur X-silence il y a 4 ans : Ceux qui connaissent Talk Talk par l'entremise de "It's My Life" ou "Such A Shame" vous diront que c'est de la bouse. Infâme. Ils n'ont pas tort.
Ceux qui les connaissent par "Spirit Of Eden" et "Laughing Stock" vous diront que c'est peut-être l'un des plus grands groupes qui fût en activité au début des années 90. Sublime. Ils ont tout à fait raison.
Comme tous les grands albums, celui-ci ne comporte que 6 titres, fait à peine plus de 40 minutes et se trouve être une véritable pierre angulaire du rock des années 90. Sans "Laughing Stock", pas de Labradford, ni de Bark Psychosis et encore moins de Sigur Ros ou de Mogwaï.
Il s'agit d'un album de six titres, ou plutôt six pièces. Toutes en état d'apesenteur, tantôt mélancoliques, tantôt flippantes voir rageuses.
Etat des lieux donc:
"Myrrhman", 15 secondes de silence, apparition inopinée d'un bruit de batterie et démarrage de la chanson, l'impression d'entrer dans le disque par accident. Fin du morceau comme le début, 15 silencieuses secondes.
"Ascencion Day", l'ascencion la rage aux dents, toutes guitares dehors, bordel construit par couches successives jusqu'au cut final. N'aurait pas dépareillé sur Spiderland.
"After The Flood", ou l'état de grâce permanent pendant 10 minutes, piano d'une délicatesse infinie, batterie sortie tout droit de Can, bande passée à l'envers, bruits étranges, variophone bloqué sur une seule note lors du solo. Au concours de la chanson la plus délicatement barrée, on pourrait la trouver en bonne position.
"Tapehead", ou le négatif de "Ascension Day". La descente sans rappel ni torche au fin fond de la faille de San Andrea. Le flip absolu durant 7 minutes, la claustrophobie mise en musique.
"New Grass", ou le concept de la bulle de savon. La légèreté, l'apesanteur doublée d'une mélancolie tenace soulignée par un côté jazz.
"Runeii" signe la fin de l'album et par là même la fin du groupe. Il s'agit aussi du morceau le plus dépouillé de cet album, une voix une guitare et le silence, envahissant, omniprésent. Mark Hollis termine en murmurant et la guitare fait de même. La grâce absolue et la plus belle fin pour un album devenu une référence incontournable dans l'histoire du rock.
Je le pense toujours et pour moi Talk Talk est synonyme de groupe à part dans le rock. La plupart des groupes mettent tout dans leur premier album : leur génie, leur rage, et déclinent ensuite à force de vouloir ou non reproduire ca qui a fait leur génie. Talk Talk lui a fait l'inverse : un parcours complétement atypique qui les fait aller du sous-groupe de merde qu'ils étaient début 80 à la référence absolue à la fin de leur parcours. Tout ça du à la volonté de deux fous qui ont fait la musique comme eux l'entendaient en se foutant complétement des canons de la mode, en mettant leur obsession au premier plan quitte à ne rien vendre par la suite. Car laughing stock a réussi à faire pire en terme de ventes que spirit of eden, ce qui n'est pas un mince exploit. Je terminerai cette chronique avec le morceau le plus flippant de cet album. Bonne écoute.
18:54 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : talk talk, années 80
29.05.2009
spiritualité (part 3)
Bon par où commencer cette nouvelle note sur un de mes albums préférés de tous les temps ? Continuer l'histoire de Talk Talk au moment où ils vont enregistrer spirit of eden ? Pourquoi pas ! Allez, hop, c'est parti : Hollis et Griene, devenus les véritables têtes pensantes de Talk Talk, se sont mis dans le crâne de ne plus se répéter. Pour cela ils engagent un nouveau producteur, Phil Brown, connu pour avoir produit Hendrix, Led Zep, Marley. Changent leurs méthodes d'enregistrement (en gros, dans une ancienne église au nord de Londres avec pour seul source de lumières une rampe de spots s'allumant au rythme de la batterie de Lee Harris et un projecteur à huile pour la pièce de contrôle.). L'enregistrement dura 9 mois, dans l'obscurité, déformant la notion d'espace temps, créant une ambiance étrange. Leur méthode de travail aussi : Griene et Hollis enregistrent le travail des musiciens puis effacent 99% de la bande eux compris. Ne gardant finalement que ce qui leur convenait au prix de frustrations énormes pour les autres musiciens. Moralité : en 88 sort l'un des plus beaux albums de tous les temps (enfin de mon humble point de vue). Ni pop, ni jazz, ni rock, ni classique mais tout cela à la fois. Je me souviens que les premières écoutes en 88 m'ont littéralement happé. Comprenez moi bien: passer des Pogues, Tracy Chapman, Sade ou Prince période lovesexy à spirit of eden, il y a un abîme dont je ne me suis jamais remis. Déjà en découvrant les morceaux derrière la pochette je me disais : putain six titres, ils se sont pas foulés !!! Quand j'ai ouvert le disque (un vinyle que j'ai toujours, en parfait état) et que j'ai regardé la première face, ne voyant aucune coupure entre les morceaux, ça m'a plutôt surpris. C'était aussi le premier disque que j'avais enregistré en DMM ( direct metal mastering, procédé assurant une meilleure qualité de son aux vinyles) avec un son nickel. Bon, en le posant sur la platine, là j'ai eu un de mes premiers grands chocs musicaux. Le genre qui vous fait entrer dans une autre catégorie : on passe de l'auditeur distrait, futile, celui qui écoute avec enthousiasme mais sans véritable passion Toni Childs ou Jeff Healey Band à celui de mélomane averti, passionné voir acharné qui ne comprend pas pourquoi un de ses groupes préférés ne vend rien mais a le sentiment intime d'avoir touché du doigt un moment unique, un graal musical. C'est exactement ce qui m'est arrivé à 15 ans lors de la sortie de spirit of eden. J'ai eu le sentiment de devenir quelqu'un de plus intéressant, d'à part (musicalement parlant hein !). J'adorais un disque auquel personne ne s'intéressait, dont personne n'avait entendu parlé et chaque fois que je pouvais le faire écouter à des amis, je savais que ceux-ci seraient pour la plupart retournés par ce qu'ils venaient d'entendre. Ceux qui n'appréciaient pas devenaient des cons, des personnes inintéressantes (qu'est ce qu'on peut être con à cet âge là !!) qui ne méritaient pas que je m'intéresse à eux. Je me rendais aussi compte que question musique je devenais une sorte de paria, le mec qui écoute de la musique bizarre. Mais je dois avouer que je m'en foutais royalement, j'étais sur d'être dans le droit chemin. L'avenir ne m'a pas donné tort de ce point de vue là : 21 ans après je le réécoute avec toujours autant de frissons et je suis toujours persuadé qu'il s'agit là d'un des 10 albums que j'emporterai dans ma tombe.

Alors de quoi il retourne ? hein ? de 6 morceaux découpés en 4 ou inversement. En fait une première face de 23 mns en trois parties et une seconde avec 3 véritables morceaux, d'une durée approximative de 5 mns au minimum chacuns. La première face the rainbow déploie en effet toutes les couleurs qui peuvent être décrites dans la musique, toutes les teintes allant de la spiritualité, l'apaisement à la rage destructrice, au vacarme le plus fou (desire en est un bel exemple.), déchire littéralement ceux à qui il restait un espoir d'entrevoir une chanson pop, un refrain ou quelque chose de ce goût là. Non Talk Talk balaie d'un revers de la main cette tentation et impose Sa vision de la musique : profonde, mystérieuse, exigeante, d'une cohérence incroyable malgré les conditions d'enregistrement, flirtant de plus en plus avec le silence, en faisant le principal acteur de ce disque (ainsi que du prochain), ayant plus à voir avec le classique, allant au bout du bout de sa démarche jusqu'au-boutiste. Au début de the rainbow, Hollis murmure plus qu'il ne chante, se confie. Au fur et à mesure des 23 minutes, à mesure que la tension monte, le ton de la voix suit le même chemin et finit par hurler au-dessus d'un vacarme assourdissant : that ain't me babe". C'est peut-être pas toi mais en tous cas tu viens d'inventer avec ce morceau de 23 mns un courant qui va faire fureur dans les années 90 : le post-rock. L'art de l'épure, des montagnes russes (tension-calme-tension ) dont saura si bien se servir GodSpeed!, tout vient de là. On a donc une première face violente, tendue à l'extrême, passionnante, longue et rock on aura droit à une seconde complétement opposée mais tout aussi passionnante. Calme, jazz, empreinte de religion, de recueillement, plus courte presque d'un format pop mais évitant ce chemin à tout prix. Introspectif dans ses paroles abordant des thémes le touchant de près (drogue, mort, spiritualité), Hollis paraît beaucoup plus touchant mais aussi absent s'en allant sur la pointe des pieds avec un wealth touchant au sublime. De toutes façons,de mon point de vue bien sur, tout dans cet album touche au sublime : les choeurs de i believe in you, apportant spiritualité et une émotion rare, l'orgue de wealth qui s'en va peu à peu comme la vie s'en va d'un corps, paisiblement mais surement, le jazz jouant à cache-cache avec le silence de inheritance. Talk Talk finit ici sa mue entreprise lors de the colour of spring, se débarrasse définitivement de ses oripeaux pop pour atteindre une sorte de nirvana, une beauté sublime qu'aucun groupe actuel, toujours à mon humble avis, n'a atteint jusqu'ici. Le pire c'est que trois ans après ils remettront ça avec un laughing stock aussi indispensable et superbe que celui-ci.
Inutile de dire que l'album ne se vendit pas, ses ventes furent catastrophiques et ont permis à EMI de se débarrasser d'eux. Ce qui de toutes façons, arrangea bien le groupe.
19:17 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : talk talk, années 80
28.05.2009
...qui est là ? part 2
Ah oui, c'est vrai : je terminai ma dernière note par un suspens inouï : ça n'allait pas tarder à tourner à plein régime. Bon dieu, quelle phrase !! quelle accroche !! Digne de la fin d'un épisode de la première saison de 24, insoutenable quoi.
Oui donc je parlais de la collaboration entre Friese-Greene et Hollis et laissais entendre que le génie entre eux n'allait pas tarder à entrer par la grande porte. Si le talent de Talk Talk était indéniable ( il en faut je trouve pour pondre un titre aussi accrocheur que such a shame), on n'aurait peut-être pas parier un kopeck sur le génie de ce groupe.
Et pourtant... Quand sort en 86 l'album the colour of spring, il n'est question que de cela. Voyons le d'abord comme un album de transition : l'abandon pur et simple de la ritournelle électro pop au profit d'une véritable instrumentation organique, du commencement d'une recherche, d'une expérimentation digne d'un Robert Wyatt, d'un largage d'amarre pour dériver là où bon lui semble en en ayant rien à foutre de ce que pensent les autres. Transition encore dans la façon d'aborder la pop, l'écriture des chansons, la production : Le groupe ne pense pas en single comme l'espérait la maison de disque de l'époque (EMI qui n'a d'ailleurs jamais rien compris au groupe, n'y voyant qu'une vache à lait de plus alors qu'ils avaient de l'or en barre sous la main) mais en terme d'album d'où des morceaux longs (6 morceaux sur les 8 font plus de 5 mns), complexes, faisant appel à certains musiciens de renom comme Steve Winwood, accentuant le décalage entre leur image de groupe propret et ce qu'ils sont réellement. Ajoutez à cela le rôle grandissant de Tim Friese-Greene qui non seulement produit l'album, joue tout ce qui est orgues, piano, variophone mais co-écrit également tous les morceaux, devient le véritable alter-ego de Hollis, celui qui le comprend et qui va influer sur le destin du groupe. Cest aussi le moment où Talk Talk décide d'arrêter de donner des concerts, où le groupe ne se consacrera plus qu'au travail studio mettant EMI dans l'embarras : comment faire de la pub, récupérer du fric sur un groupe qui ne se produit plus sur scène ? Tout cela donne un album magnifique, débarrassé du superflu, trouvant le succès accidentellement. Album de transition avant le naufrage (disons plutôt le suicide) commercial que sera spirit of eden. Pourtant pour qui connaît cet album, il montre bien, sur plusieurs morceaux, la direction que prendra le groupe 2 ans plus tard : april 5th ou chameleon days réduisent l'instrumentation à sa plus simple expression (voix, orgues, un dobro), tout en ambiance, en grâce fragile. Si le succès est au rendez-vous avec life's what you make it ou encore living in another world c'est par le plus pur des hasards car l'écriture de Hollis/Greene se fout royalement des canons de la pop et ses inspirations n'ont rien à voir avec l'époque et les groupes qu'il côtoit comme Frankie Goes To Hollywood, Kajagoogoo, lui se situerait plutôt du côté des auteurs classiques comme Debussy ou le jazz de Gillespie. La production de cet album délaisse aussi complétement les canons de l'époque: pour eux les synthés sont morts, vive les véritables instruments !! Rien ne pourrait être pire pour eux que de coller au son de leur époque, Talk Talk ne veut plus être associé aux années 80 et s'emploie (remarquablement d'ailleurs) à devenir intemporel. En utilisant d'un côté des intruments classiques comme le piano ou la guitare acoustique mais en utilisant d'autres instruments plus surprenants pour leur époque : un mellotron, un variaphone, des choeurs d'enfant ou le Ambrosia Choir. Avec tous ces handicaps Talk Talk arrive à vendre plus de 2 millions d'albums à travers le monde et offre à ses auditeurs un album d'une richesse incroyable tant au niveau mélodique, que du son. Leur premier chef-d'oeuvre était sorti et deux autres allaient suivre...
09:16 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : talk talk, années 80
27.05.2009
toc toc... 1ère partie
bon je sais, j'ai encore foiré. J'espérais écrire une note presque tous les jours et là j'ai manqué à tous mes devoirs. Le pire c'est que je ne l'ai même pas fait exprès. Entre orage et boulot j'ai même pas eu le temps d'allumer le PC ou alors je cramais mon modem. Enfin je ne suis pas là pour me plaindre mais pour répondre à l'interrogation que j'ai vu poindre dans vos yeux quand vous avez reluqué le titre de cette note. Il était une fois, en 1977 un pitit gars du nom de Mark Hollis qui se faisait royalement chier pendant ses études de psy et qui, pour passer le temps, forma un groupe avec son frangin Ed. Ils décidèrent de le nommer The reaction et sortirent un single en 78. La réaction ne se fit pas attendre : Le single fut un succès mondial, Hollis plongea dans l'enfer de la drogue, changea de nom pour Herbert Léonard et connu le succès que l'on sait dans les années 80 en France. Fin de l'histoire. Euh......... pas tout à fait. Bon ok, le groupe splitta en 79, Hollis fit la connaissance en 81, via son frangin, du bassiste Paul Webb et du batteur Lee Harris qui allaient devenir la colonne vertébrale du meilleur groupe des années 80 : Talk Talk (Ayé !!! vous avez compris le subtil jeu de mots qui compose ce titre fort recherché !!!).

Meilleur, faut le dire vite car leur premier album, the party's over sorti en 82, ne les prédisposait en aucun cas à devenir l'un des groupes les plus influents de la planète. Loin de là même.Surfant sur le succès de groupes comme Spandau Ballet ou Duran Duran, Hollis et sa bande singeaient allégrement cette new wave néo romantique avec une pop synthétique de fort mauvais aloi (talk talk, it's so serious sont proprement inécoutables et l'album est proche du ridicule.) Seule surnage de ce naufrage la voix de Hollis, déjà formidable. D'ailleurs le public ne s'y est pas trompé ou alors a mis le temps car ce fut au bout du troisième single (today, qui suivit talk talk et mirror man) que le succès vint. Entre temps, voulant se débarasser de cette image de minets proprets ou de groupe pour midinettes, Talk Talk eu la bonne, voir l'excellente, idée d'engager un certain Tim Friese-Greene. Producteur de son état, il fut engagé pour donner de la consistance au son du groupe. Son influence se fit déjà sentir dès le second album it's my life. Sorti en 84, il eut un succès certain. Mais ce sont surtout ses singles qui cartonnèrent : qui a vécu sa jeunesse dans les années 80 ne peut passer au travers des cartons que furent it's my life et surtout cette rengaine pop, mélancolique et collante qu'était such a shame. L'album quant à lui était pas formidable mais le groupe faisait preuve d'une maturité étonnante. Le son de l'album n'était plus exclusivement électro pop mais incluait de véritables instruments comme la guitare, le piano et donnait une teinte mélancolique, chaude, boisée à cet album assez bancal mais surprenant. Le rôle de Friese-Greene grandit de plus en plus dans le groupe: il passa de producteur à multi-instrumentiste et sa collaboration avec Hollis provoquait des étincelles de génie. Cela commençait seuleument mais n'allait pas tarder à tourner à plein régime........ (to be continued)

00:47 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : talk talk, années 80
24.04.2009
JC 2...
... le retour mais pas le même. Si Jarvis Cocker a eu la primeure de ma plume acérée, virevoltante sur mon dernier billet musique, qui va être à l'honneur sur celui-ci ?? hein hein ??? Qui va subir mon courroux, ma ire ??
Relativement simple: il s'agit d'un anglais, successeur de Syd Barrett, complétement fêlé, spécialiste du krautrock, tenant un excellent blog.Alors ?? Alors ??Julian Cope donc.Celui-ci a sorti un album, il y a plus de vingt ans, qui devrait se trouver dans les étagères de tout mélomane qui se respecte. Un hymne à la folie, au grand n'importe quoi, un album bien habité, qui suinte l'aliénation mentale par tous les pores. Suffit d'ailleurs de jeter un oeil à la pochette où on le voit nu dans une carapace de tortue jouer avec camion crâmé. Fried, vous l'aurez reconnu, remporte la palme de l'album le plus dérangé de l'année haut la main. Pour 1984. Et pour les années suivantes d'ailleurs. Car je n'ai pas entendu de disque plus dingue depuis. Ah si, j'oubliais qu'en matière de folie furieuse il y a le toujours pas sain d'esprit Daniel Johnston. Lui, c'est un cas à part, véritablement désespéré, auteur d'albums malsains et formidables. Mais revenons à notre cas, JC.Alors, qu'est ce qui fait de fried un grand disque tout court ? Pour commencer, contrairement à freaks que je défendais dans mon dernier billet, il contient de grandes chansons, de véritables classiques : reynard the fox, laughing boy, sunspots ou encore torpedo. Ensuite, euh... ensuite il contient d'autres classiques : le reste de l'album. L'album commence par un sommet : reynard the fox ou l'histoire de la chasse d'un renard vue successivement par les yeux du renard et du chasseur. Texte donc hautement schizophrénique et flippé (du moins la partie renard) et musique à l'avenant en montagnes russes qui finit en apothéose après le texte parlé puis hurlé de Cope.Plus d'échappatoire possible, seule la mort délivrera reynard. Grand morceau malade. La suite est à peine plus réjouissante: bill drummond said, sur une musique plus légère permet à Cope de régler ses comptes à Drummond . Ce à quoi le Bill Drummond en question, manager de l'ancien groupe de Cope et future membre de KLF, répondit par un Julian Cope is dead l'année d'après. Sympa. Laughing boy, le morceau suivant, ainsi que sunspots ou torpedo, aurait très bien pu sortir sur les deux albums de l'ancien leader de Pink Floyd. Même pops song barrées, insidieuses, même état d'esprit : neurones grillées. Il faut savoir aussi que cet album a été enregistré dans des conditions particulières : à savoir sous haute influence de Saint Barrett et ses petites pilules du bonheur. Rajouté à cela un état dépressif, une paranoïa galopante, un manque de confiance en soi et vous obtenez de quoi sortir un grand album. Car oui il s'agit d'un album qui 24 ans après, a conservé toute sa, euh... , fraîcheur ? Qu'y entend-on au juste dans cet album ? des pop songs barrées, du psychédélisme, une limpidité peu entendue à cette époque. Quand on écoute le dernier morceau, torpedo, on se dit que le wealth de Talk Talk sur l'album spirit of eden s'en est peut-être plus qu'inspiré. Il suffit d'écouter les fins des deux morceaux pour s'en rendre compte : même orgue, même fin lancinante. Bel hommage d'un groupe exceptionnel à un homme exceptionnel.
Depuis ce coup d'éclat,Cope ne s'est pas arrêté en si bon chemin. Il a sorti un bon nombre de classiques : jehovahkill, peggy suicide, droolian, 20 mothers. D'autre disques moins bons certes mais toujours intéressants car il y aura toujours la touche Cope, cette folie toujours présente chez lui qui rendra la plupart de ces albums au minimum intéressants au mieux passionnants.
09:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : julian cope, talk talk, fried, freaks
21.02.2009
Analogue
Comme le métal dans mon avant-dernier papier, je vais ici défendre un groupe de has-been, voir never-been. Un groupe de pop synthétique qui a sorti son premier album il y a déjà 24 ans, « hunting high & low » avec ce tube énorme qu'était « take on me ». Je parle donc bien de A-HA.
Mouahhhh l'autre eh, oh le gros nase, ce groupe de merde qui n'a pu produire que ça tout au long de sa carrière, n'importe quoi me rétorquera-t-on. Ben oui mais non ! Si A-ha a commis beaucoup de méfaits dans les années 80-90 et 2000, ils sont l'auteur de ce qui est pour moi l'un des plus grands albums de variété, pop, sorti ces dernières années. Je parle bien évidemment d' « analogue ».
Intrigué par la critique faite par Sylvain Courtoux sur RYM (il doit être le plus grand fan français de A-Ha ), je me suis procuré ledit album et..... rien à dire, c'est l'album qu'aurait rêvé faire Radiohead . Sophistiqué, précieux, expérimental, mélancolique à tous les étages, la somme de ce qui se fait de mieux en matière de pop. Cela commence par le tube énorme qu'est celice, une pop song de toute beauté, sorte de « take on me » mature, dont on a retiré les arrangements cheap, ces synthés de daube troqués pour de véritables instruments. Ça continue sur le très catchy « don't do me any favors », torpillé par une mélancolie plus que tenace, des arrangements et une production de toute beauté. On continue ensuite sur la première ballade de l'album. Et que dire sinon que le résultat est assez époustouflant : la voix de Morten Harket a pris de la consistance avec les années, de la gravité, le morceau suit une progression assez surprenante dans le choix des arrangements, d'une fluidité sans égale. Je ne vais pas continuer le déroulement de l'album (oui j'avoue je suis une grosse feignasse) mais il faut savoir qu'il y a ici de quoi frissonner un nombre de fois incalculable. Birthright, cosy prisons ou the fine blue line sont de véritables pépites, des morceaux qui vous collent à la peau, qui vous entraînent dans des abîmes de mélancolies comme j'en ai peu connu jusque là. D'autres les voient virer noisy (make it soon) ou encore faire un tour sur les terres de Neil Young via Teenage Fanclub (halfway through the tour). La production est quasi parfaite, la réécoute d'analogue apporte à chaque fois son lot de surprises, de détails auxquels on n'avait pas fait attention.Mais bon, dans tout ce tableau idyllique on va pas non plus se voiler la face: il y a quand même un ou deux morceaux un peu faiblard dans le lot ( analogue avec ses arrangements teenage de mauvais aloi et allez, pour être vraiment méchant keeper of the flame, mais c'est vraiment pour chercher des noises) mais pour moi je ressens un peu le même choc que j'ai eu quand j'ai découvert l'album « spirit of eden » de Talk Talk. Je me suis demandé comment un groupe qui faisait de la pop synthétique à deux balles était capable de sortir un chef-d'œuvre de cette trempe. Là il s'agit un peu du même processus mais en plus long (21 ans quand même). Reste à savoir maintenant s'il s'agit là d'un one shot à part dans la carrière de A-Ha ou d'un véritable revirement de leur part . Je crains la première solution, analogue étant la plus mauvaise vente de leur carrière.
Enfin, il faut savoir que s'il n'a pas changé ma vie comme Mr Courtoux, les quelques personnes à qui je l'ai fait écouter en sont restées sur le cul. Un peu comme moi. J'espère qu'à la lecture de ce modeste papier j'aurai donné envie à quelques uns de l'écouter et surtout de le faire découvrir à leurs proches.
15:50 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : a-ha, pop, talk talk, sylvain courtoux





